Opérations d’urgence à l’ancien hôpital

La semaine dernière, les locaux de l’ancien hôpital Gaston-Bourret ont été le théâtre d’une attaque meurtrière. Il s’agissait en fait d’exercices organisés par la direction de la Sécurité civile et de la gestion des risques afin de permettre aux acteurs impliqués lors d’un tel événement – sécurité civile, unités d’élite des forces de l’ordre, sapeurs-pompiers, médecins, infirmiers, etc. – de mettre en pratique les protocoles d’intervention dédiés.

Un homme cagoulé et armé prend en otage plusieurs personnes dans une galerie commerciale. Il ouvre le feu sur les chalands. De nombreuses victimes sont à terre. Les hommes du RAID* arrivent sur place, sécurisent la zone, ripostent aux tirs de l’assaillant, puis l’abattent. Les acteurs de l'intervention pré-hospitalière entrent en scène pour porter secours aux victimes : ils évaluent la gravité des lésions des blessés, évacuent les cas les plus urgents vers une aire sécurisée et leur prodiguent les premiers soins.

Ce scénario effrayant s’est joué en fin de semaine dernière, dans l’enceinte de l’hôpital Gaston-Bourret, à l’occasion d’exercices sur les techniques d’intervention en milieu hostile pour « mettre en pratique les enseignements dispensés depuis le 8 mars par l’association Life Support France », explique Éric Backès, le directeur de la Sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR).

 

Briefing des équipes, quelques minutes avant le début d’un exercice.
Briefing des équipes, quelques minutes avant le début d’un exercice.

 

Nouveaux protocoles

Créée en 2003, Life Support France (LSF) est une association métropolitaine forte de 100 formateurs spécialisés dans les soins d’urgence. Elle intervient auprès d’hôpitaux, d’aéroports ou de structures privées, en France, à Mayotte ou encore à La Réunion, afin de préparer les personnels à la gestion du pire : répondre à un grand nombre de blessés et fournir des soins en dehors des conditions normales de fonctionnement, face à un tireur potentiellement actif.

« À la suite des attentats qui ont frappé la France ces dernières années, l’État a mis en place de nouveaux protocoles d’intervention, continue Éric Backès. Dans ce cadre, le gouvernement a sollicité LSF afin d’organiser, en Nouvelle-Calédonie, un cycle de formation dédié à ces nouveaux protocoles. »

Destinée en premier lieu aux volontaires du bureau de soutien médical de la Sécurité civile, cette formation a aussi associé les acteurs de l'intervention pré-hospitalière (SMUR**, sapeurs-pompiers) et les forces de l'ordre (GIGN*** et RAID).

 

Patrick Wick, formateur LSF.
Patrick Wick, formateur LSF.

 

 

 

Un langage commun

 « L’objectif des exercices est d’enseigner un langage commun à tous ces acteurs, précise Patrick Wick de LSF. En intervention, la compréhension est de rigueur et il est indispensable que chacun connaisse précisément le rôle de l’autre. » Se coordonner, se concerter, mais aussi gérer son stress en plein cœur de la tragédie. « Face au drame, il n’est pas question de perdre nos moyens, admet Anne-Marie Brunier-Cojean, infirmière en chef volontaire à la Sécurité civile. Nos gestes doivent devenir des automatismes, c’est pourquoi il nous faut nous entraîner dans des conditions les plus proches possible du réel. »

Cette formation, qui s’achèvera le 31 mars, n’est que la première étape d’une collaboration qui se veut durable entre la DSCGR et Life Support France.

 

* Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion. Le RAID est l’unité d'élite de la Police nationale française qui intègre l’ex-Groupe d'intervention de la Police nationale (GIPN) de Nouvelle-Calédonie.

** Service Mobile d’Urgence et de Réanimation. Le SMUR est un service hospitalier dont la mission est de porter secours aux patients dont l'état nécessite une surveillance ou des soins médicaux d'urgence et de réanimation.

*** Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale. Le GIGN est une unité d'élite de la Gendarmerie nationale française.

 

Christophe, chef d’équipe du RAID

« Des exercices comme ceux-ci permettent de prendre conscience des difficultés de chacun dans son domaine. Ils montrent aussi la nécessaire coordination à avoir avec les équipes de secours. En ce sens, il est utile de bien se connaître et de s’entraîner ensemble pour adopter les bons réflexes. »

 

RAID
RAID

 

Anne-Marie Brunier-Cojean, infirmière en chef volontaire à la Sécurité civile

« Cette formation est une première sur le territoire et elle est très enrichissante. Pour travailler efficacement les uns avec les autres – forces de l’ordre et acteurs de santé –, il est nécessaire de connaître les missions, les objectifs de prise en charge et les tactiques de chacun. »

 

Anne-Marie
Anne-Marie

 

Julie Bosoni, médecin coordinateur du dispensaire de Maré

« Je suis très contente de participer à ces exercices. Ils m’ont apporté de nouveaux apprentissages : je pourrai dorénavant aider les pompiers de la commune lors d’accidents sur la voie publique et porter efficacement secours aux victimes. Car si Maré n’est pas à proprement parler un “milieu hostile”, on y a déjà vu des personnes blessées par arme à feu... »

 

Julie
Julie